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Alors dis-moi… comment s’est passé ta journée ? Dans tous les détails, t’es invité.e à te confier, à partager, en sécurité. Mes oreilles sont disponibles pour t’écouter, et le temps est illimité. Comment s’est déroulé ce premier jour à l’école ? Ça t’a fait quoi, alors, de voir tant de nouvelles têtes d’un seul jour, des garçons et des filles de ton âge dans la cour, et puis les grands qui sonnent la cloche à l’heure de rentrer en classe.

Est-ce que les enfants étaient sympas avec toi ? Tu as réussi à dormir à la sieste ? Et puis… la maîtresse n’était pas trop collante ? Comment tu t’y sentais, là-bas ?

Comment s’est passé ton premier jour à l’école ? A l’école maternelle ? A l’école de la vie ?

C’était comment, cet atterrissage ? C’était comment, la première vue de toutes ces structures que tu ne connaissais pas ? C’était comment, dis-moi, dans tous les détails…

Est-ce qu’on t’a demandé comment s’est passé ta journée ? Ces trois derniers jours… et les trois premiers jours, ceux durant lesquels tu as pu parler… ou t’exprimer d’une façon, quelle qu’elle soit. Est-ce qu’on t’a demandé ? Est-ce qu’on t’a entendu.e ? Est-ce qu’on a capté ce que tu exprimais, et la façon dont tu le faisais ?

Est-ce qu’on t’a demandé comment c’était dans la bouche quand tu as goûté ton premier aliment ? Le premier fruit à croquer, le premier légume vert ? Est-ce qu’on a été là quand t’as faillit avaler de travers, ou est-ce que t’as réussi à le dissimuler puis à le cacher à jamais ?

Alors, comment ils étaient, tes premiers jours ici ? Souviens-toi… Te l’a-t-on demandé, pour de vrai, d’un regard des deux yeux dirigés vers plus loin encore que les tiens, avec intérêt, avec un engagement des corps dans leur intégralité ? Est-ce qu’on t’a demandé, t’a-t-on regardé à ce moment-là ?

Non. Non, on ne m’a pas regardé. On ne m’a pas demandé. Alors c’est comme cela que j’ai cru que ce que je vivais personnellement n’allait jamais avoir d’intérêt pour les autres. Que je devais me débrouiller, seule. Que si je vivais une difficulté, soit je la niais, la négligeais, soit je combattais contre elle avec mes deux bras forcenés. La maîtresse m’a saoulé, j’ai été viré et j’ai dû courir trois fois le tour de la cour. Et personne ne l’a jamais su. Un jour, alors que je ne parvenais pas à réaliser un exercice, j’étais restée en classe à le continuer pendant que les autres jouaient pendant récré. Je n’avais qu’une envie : yeux figés devant le portail de la sortie, je voulais m’enfuir.

C’était ma vie, tu comprends. Moi, c’est ce que je comprenais en tout cas. A quoi bon partager ces détails ? Ces détails… 

Le monsieur m’a regardé de travers. Ça a fait dans le milieu de ma poitrine, comme si on y plantait une aiguille vivement, douloureusement… Puis le moment est passé, tu comprends. Après j’avais oublié, et je devais oublier. Car on n’allait pas me demander… comment ma journée s’est-elle passée.

J’ai beaucoup ri avec ces deux copines quand on a découvert qu’elle était obligée de tirer la langue pour se concentrer. J’ai mis mon tee-shirt à l’envers. J’ai oublié de me brosser les dents certains matins. J’ai renversé ma brique de lait au chocolat sur ma robe à fleur. J’ai reçu un ballon élancé très fort dans ma figure. Je me suis ennuyée au jeu de la balle au camp. J’ai dû porter un gilet de sport de l’école qui ne sentait vraiment pas bon. J’ai dû manger toute la viande à la cantine. Et j’en passe.

Je n’ai pas pleuré, non. Je n’ai presque jamais pleuré. J’étais comme un trampoline sur lesquels ces coups-là rebondissaient dans l’immédiat. Ce n’était pas important, tu comprends. …

Cher toi, humain qui me lis. Je sais que tu sens. Je sais que tu vois, que tu perçois et entends. Je sais que tu penses, que tu crois, clairement. Oui, c’est toujours initialement clair, toujours. Ce qui floute tes pensées, ce sont ces parasites qui te font croire que c’est à nier, à garder pour soi voire à oublier. Ne pas partager. Ces parasites dont tu n’as pas forcément conscience qui te disent qu’on va se moquer ou rigoler de toi.

Tous ces corps que tu vois, ces formes, ces silhouettes. Il y a des choses à l’intérieur, du sang qui circule et qui va jusqu’aux organes. Il y a des picotements ou des frissons dans le corps, il y a des pensées imagées qui se forment, des sensations, de la douleur ou du plaisir. Tu comprends ? Moi c’est ce que je pense très très fort en moi, à l’intérieur, dans mon cœur…

Et tout cela, oui, TOUT cela fait intégralement partie de l’individualité de chacun durant ces présents instants. L’intérieur, comme l’extérieur. Et c’est l’alliance des deux qui est importante.

Cher / Chère humain.e, j’insiste sur le fait que tu es humain.e. Parce que peut-être que tu penses aussi que, dans les faits, c’est possible qu’on lise dans tes pensées sans même que tu ne les parles. Ton chien sait très bien le faire. Et si tu ne pense pas comme moi, tu es humain.e aussi. ♥

Humain.e, t’es entouré.e d’humain.e.s. Et chez nous, ce sont les mots (mais pas que) qui sont utilisés pour parler, se confier, partager, discuter.

Parfois on se trompe, on n’utilise pas les justes mots. Il s’agit de s’entraîner, et de reformuler. La visée est que l’être face à toi puisse éclairer avec sa conscience ce qu’il n’avait pas pu deviner de ce qui se passe maintenant ou dans un temps avant, à l’intérieur de toi. Et ça change tout. Cela change TOUT. Tu sais pourquoi ça change tout ? C’est parce que, sans forcément le vouloir, on se fait des idées, personnellement, de chaque acte. Et quand t’as agis ainsi, l’autre s’était peut-être imaginé quelque chose de tout faux. Lui dire ce que tu avais sur le cœur ou dans la tête en cet instant, a réajusté la façon dont il te perçoit, et modifie le cours de tous les prochains instants.

Parce que toi tu fais face à tes parasites. Les autres, que tu vois dans le tramway ou au restaurant, c’est pareil.

As-tu passé une belle journée ? Comment t’es-tu senti aujourd’hui ?

Faire l’exercice de se rappeler plutôt que de négliger ce qui a été vécu, est selon moi… nécessaire.

Souvenons-nous qu’en plus, bien rares sont les fois où nous vivons les choses seul.e.s, car nous sommes constamment plus ou moins entouré.e.s. Et ce que tu loges en toi est aussi né d’instants qui précèdent les nouveaux. La transparence crée la justesse.

Christelle.

Merci de m’avoir lue, t’es-tu reconnu.e à travers cet écrit ? Je t’envoie tout plein de douceur.