SUR LE CHEMIN

Condamnée à souffrir ?

Je suis ce genre de personnes qui oublient vite leurs moments de souffrance. Pourtant je sais que ces dernières servent à l’avancée et sont précieuses, parce qu’une fois que nous avons souffert, nous n’avons pas envie que ça se réitère. Alors on change quelque chose à notre vie, à nos habitudes, à notre façon d’agir et de réagir.

Ce matin, j’ai listé. Parce que je me demande (sérieusement) si notre divinité s’incarne ici pour souffrir… ou peut-être plus justement pour expérimenter des choses qui provoquent la souffrance. C’est certainement ainsi qu’on avance, même si longtemps j’ai rejeté ou refoulé, ou encore négligé cette sensation.

Dans ma vie, je ressens soit l’émerveillement, soit la souffrance.

Dans l’émerveillement, il y a : la reconnaissance, la joie, la paix, la tendresse, la folie, le sourire, etc.

Dans la souffrance, il y a : l’endommagement de mon être, la peine, la frustration, la tristesse, le choc.

 

 

J’ai souffert lorsque je ne parlais pas, ne communiquais pas mes états.

J’ai souffert lorsqu’on me faisait des remarques désobligeantes sur mes actions qui se voulaient pourtant très serviables.

J’ai souffert lorsqu’on se moquait de moi, parce que mon vocabulaire n’était “pas assez” riche, ou que j’avais inversé la Chine et l’Inde sur une carte de géographie mondiale.

J’ai souffert lorsque je me forçais à rester dans un environnement, relationnel ou “structurel”, qui ne me correspondait pas ou plus.

J’ai souffert lorsque je ne connaissais plus mes pas de danse ou que j’étais tellement tendue que je ne pouvais lâcher prise pour créer.

J’ai souffert lorsqu’on m’a forcé à boire un lait chocolaté et des miel pop’s un matin alors que je me sentais progresser dans mon rapport à la nourriture.

J’ai souffert dans la peur qu’un membre de ma famille se suicide.

J’ai souffert lorsqu’on m’a dit de lâcher prise, alors que moi je voulais partager ce qu’il se passait de tordu dans ma tête, questionnements et réflexions, avec quelqu’un, et discuter.

J’ai souffert lorsque j’ai vu cette femme enceinte tenir un magazine people, y consacrer énergie et machine intellectuelle dans la salle d’attente.
J’ai souffert lorsque j’ai vu cette autre femme au sourire à l’envers, à qui je peux parier qu’elle aurait dit “oui” à un “ça va ?”.

J’ai souffert lorsque le médecin a ri quand je lui ai dit que je voulais m’impliquer activement dans la réduction de l’exploitation animale.

J’ai souffert toutes les fois durant lesquelles j’ai laissé quelque chose -sensation, vœu, émotion, questionnement- se bloquer en moi alors que j’aurais pu l’éloculer.

J’ai souffert lorsque des amies s’attardaient sur des détails de ce que je disais ou aimais faire pour en rire à plusieurs reprises.

J’ai souffert toutes les fois où je sentais ma mère malheureuse.

J’ai souffert quand j’ai vu des familles, notamment celle dont je fais partie, aux liens totalement décousus.

J’ai souffert lors de ma première rupture amoureuse.

J’ai souffert lorsque j’étais dans l’action et que mon mental remettait sans cesse mes capacités en question.

J’ai souffert lorsqu’avec une amie proche, le lien avait dû disparaître.

J’ai souffert à chaque nouvelle fois où je me suis aperçue que ce qui se vendait pour se manger contenait des machins toxiques.

J’ai souffert quand je me sentais moche dans mes vêtements, devant la glace ou dans le tramway.

J’ai souffert quand je me sentais si maigre que j’avais honte de marcher dans les couloirs du lycée.

J’ai souffert quand j’ai vu que j’avais de la cellulite.

J’ai souffert quand ma petite sœur était dans le sombre et que je ne pouvais rien y faire.

J’ai souffert lors de ce deuil du lien si complice avec ma petite sœur.

J’ai souffert quand ma grande sœur me manquait.

J’ai souffert quand des gens m’ont saoulé et que je ne disais rien.

J’ai souffert à chaque fois que j’ai contenu un dire dans ma bouche.

J’ai souffert lorsque j’ai vu l’habitude s’installer d’allumer le four chaque matin pour croustiller un pain au chocolat.

J’ai souffert quand j’ai su qu’un de mes frères buvait toujours du café et mangeait n’importe quoi.

J’ai souffert quand parler à mon autre frère était une difficulté.

J’ai souffert lorsque j’ai réalisé que je ne pouvais plus faire de sport intense dans ma maison, ou me retenir de faire mon footing sur les chemins de campagne.

J’ai souffert quand y avait trop de pression et que j’étais toujours poussée à donner mon meilleur.

J’ai souffert quand j’ai compris que toute ma famille était malheureuse.

J’ai souffert à chaque coup où j’ai vu des parents frapper leurs enfants, verbalement, énergiquement ou gestuellement.

J’ai souffert toutes les fois où je me suis énervée sur moi plutôt que dans l’immédiat.

J’ai souffert lorsque j’ai contenu mes larmes.

J’ai souffert lorsque j’ai vu que, projetée dans mon idéal, je ne voyais pas mon présent.

J’ai souffert quand une de mes sœurs m’a crié dessus alors que je faisais une blague.

J’ai souffert quand ma maman disait des mots durs et violents.

J’ai souffert à la vue de mon papa passif.

J’ai souffert quand je me suis vue bloquée et paralysée à la vue d’un clafouti maison ou d’une assiette de frites.

J’ai souffert à entendre mes amies dire toujours que les légumes, c’était dégueulasse.

J’ai souffert à entendre des tas de commentaires d’insatisfaction sur des plats de bouffe.

J’ai souffert quand je me suis forcée à manger des trucs que je ne voulais pas manger.

J’ai souffert la deuxième fois (sur trois) où je me suis fait vomir.

J’ai souffert quand mon poids était si faible que je risquais d’aller à l’hôpital.

J’ai souvent souffert lors des post-journées de famille.

J’ai souffert lorsque je voulais manger à des heures très précises et que je devais attendre.

J’ai souffert lorsque j’ai entendu d’autres humains rabaisser et mépriser d’autres humains, des animaux ou des objets.

J’ai souffert lorsque j’ai bisé contre mon gré.

 

Certaines phrases de cette liste ont été écrites à la pensée d’un souvenir précis. D’autres réunissent un condensé de multiples sensations, parfois même de très longs moments. Et d’autres fois encore, la souffrance a duré une seconde. Si certaines de ces situations se refaisaient, je ne ressentirais pas la souffrance. Pour d’autres, c’est encore le cas aujourd’hui.

Maintenant, c’est à moi de choisir que faire de tout ce qui m’a fait souffrir. Y a beaucoup d’actions que je peux éviter, transformer. La souffrance est un guide qui nous montre où ne pas aller, et nous savons chacun en nous ce qui est à bouger pour aller toucher la joie.

 

La souffrance est un guide qui nous montre où ne pas aller, et nous savons chacun en nous ce qui est à bouger pour aller toucher la joie.

 

La souffrance n’est pas mal, je crois simplement qu’il est nécessaire d’en prendre conscience et de savoir l’arrêter. J’ai souffert durant mon anorexie et pourtant c’est le plus beau cadeau de ma vie, une tempête d’apprentissages sur moi-même et le monde.

J’ai traversé des moments tristes ou compliqués dans ma vie, qui ne m’ont pourtant pas fait souffrir. J’assimile la souffrance à un coup très brutal dans le cœur, lourd ou inattendu, ou alors à des moments si désagréables qu’ils pourraient très franchement s’éviter. J’ai vécu des tristesses si pleinement et assurément, consciemment, que dans le même temps je sentais que j’étais heureuse. Tout comme j’ai traversé des moments compliqués en me sentant avancer : c’est cela, la clef de l’épanouissement.

Il suffit parfois de changer de regard, il suffit souvent d’éclairer nos pensées et de les communiquer.

 

Sur ces termes, très belle réflexion à toi.

Avec Amour

 

 

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Merci à cette magnifique œuvre d’Egon Schiele, trouvé dans ce compte pinterest, celui-ci représente à merveille la posture du corps lors de la souffrance, de la stagnation, du non-partage !

 

 

Christelle Guibouin – Artiste du Son, Artiste du Corps et de l’Esprit.

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