SUR LE CHEMIN

“L’après” des TCA

Trouble du comportement alimentaire, rapports troublés face à l’assiette, exigences et peurs dangereuses face au corps, restrictions, crises.

Déclic. Efforts, compréhensions, prises de conscience, aide, soutien, changement, nouvelle vie.

Guérison.

 

 

 

Et après ?

Après.

Je me suis récemment posée cette question : aurais-je, à jamais, un rapport très particulier avec la nourriture et mon corps ? Oui, je crois. Et cela me va. Il suffit que je le sache, et j’ai compris.

 

Je crois que j’aurais toujours une approche distinctive de la nourriture et une vigilance face à mon corps. C’est positif : le soin et l’attention sont amplifiés. La conscience de mes membres en santé, je la ressens chaque jour, et le kiffe total de manger, je le comprends à chaque bouchée (jusqu’à ce que je n’ai plus faim).

 

Lors de ma guérison, je commençais à manger un peu « comme tout le monde ». Relativement sainement, avec des quantités convenables bien que précautionneusement réfléchies. Je mangeais un petit déjeuner, un déjeuner, une collation puis un dîner. Rien entre tout cela.

Et puis des idées sont venues s’incruster dans ma tête : « je dois manger, j’ai besoin de manger davantage que les autres », « on observe ce que je mange », « je dois aimer la bouffe et le dire », « je ne dois pas me retenir », « tout est permis », « je suis toute menue et ne grossis pas ». Autant de croyance dont je suis ravie d’avoir pris conscience.

Ces croyances sont fausses et ont trompé nombreux de mes actes.

 

Je suis guérie ? Alors je n’ai pas à grossir, j’ai à maintenir mon poids. Quelque chose qui se fait naturellement en écoutant mon corps. Je n’ai donc pas/plus ce besoin, cette nécessité de manger davantage que ceux qui partagent la même table que moi. Moi je sais, je sais ce dont j’ai envie par rapport à mon éthique –je consomme exclusivement végétal aujourd’hui, par rapport à mes besoins au Moment Présent.

Facile d’écrire cela, bien entendu. A l’heure où j’écris je viens de manger un repas bien copieux. Je me porte bien par rapport à cela, je le vis bien, j’ai juste le ventre bien plein 😉 Je dis que c’est simplet d’écrire cela, puisque le rapport à la nourriture est très complexe, vraiment complexe. Vraiment vraiment complexe, en fait. Je le redis ? Le rapport à la nourriture de l’assiette est inombrablement plus complexe qu’on ne l’imagine. Le rapport à la nourriture est intimement lié aux émotions et aux souvenirs.

 

Et, Ô combien ai-je de souvenirs de ces multiples repas en famille. Riches, copieux, bien préparés, savoureux, chauds, avec du pain frais de la boulangerie de ma ville, parfois du pain maison. Une entrée, de la viande, un gigantesque plat chaud pour la grande famille, souvent bien d’trop, puis le fromage mangé sans la faim, et surtout, le gâteau. Le gâteau ou la gourmandise du dessert. Le tout enchaîné d’une boisson chaude, et puis on n’oublie jamais le goûter, quasiment aussi riche. Dingue quoi, comment est-ce possible ? Mais l’émotion est là et sait guider toute action. On mange, le cerveau aime le plaisir immédiat, il surkiffe ça. On ne se sent pas toujours bien après, mais sur le coup c’est génial et on continue. Je vis ces moments avec beaucoup de conscience, je ne sais pas si j’en suis davantage attentionnée que toi, je ne sais pas si la plupart des gens en ont rien à faire et que pour eux, c’est un truc « qui passera » (et qui recommencera). A toi de me dire, selon ton vécu unique.

J’ai vécu l’anorexie pour de multiples raisons, dont fait partie celle du manque de repères au niveau de l’assiette.

Un coup à l’internat avec des amies qui ne mangeaient pas comme moi : bien moins de légumes, souvent des gâteaux, etc. Je ne m’y retrouvais pas… Donc mon habitude de manger sain s’est excédée dangereusement, la peur de ne plus rien contrôler ni gérer m’a guidée vers la restriction.

A la maison, légumes à foison. Fruits, gâteaux –de moins en moins, en direction de la maladie ! Pendant qu’à la cantine ce n’est pas toujours bon, que je mange peu et que les portions sont déjà partagées, à la maison tous les plats sont géants et on se sert copieusement (ou pas). La chute anorexique m’a fait adopter le modèle des portions, je ne me resservais donc jamais. Autour de moi on mangeait beaucoup, ou pas du tout en fait…

 

Bon, je disais que j’étais donc guérie. Guérie ne signifie pas (dans mon cas) me moquer totalement et tout d’un coup de ce que je faisais entrer dans mon corps, bien au contraire. La conscience se devait là, et l’accord et mes choix de ce que je préparais, goûtais, faisait entrer ou ne pas entrer en moi, était primordial. Mon mental devait être d’accord avec mon corps, et mes actes en harmonie avec le tout. Pendant que refuser une part de gâteau pouvait paraître pour l’extérieur un prestige de la maladie, c’était pour moi une victoire de dire non pour me respecter moi-même.

 

Personne n’est obligé ni de boire du vin ou un jus de fruit pour faire plaisir à quelqu’un d’autre que lui.

Personne n’est obligé de goûter à tous les plats pour le plaisir de celui qui invite.

Personne n’est obligé sauf celui qui choisi de s’y obliger…

 

Au fur et à mesure que le temps se passait, que les repas défilaient, j’ai voulu lâcher-prise et ne plus faire attention à ce qu’étaient les indices de quantité, d’heures ou de mélange. Des croyances sont quand même bien restées, surtout celle de « manger plus que les autres » étant donné que je me distinguais encore de ces autres par mon végétalisme. Je mangeais par plaisir et me resservais souvent par peur, peur de ne pas avoir assez, de maigrir à nouveau, de ne plus pouvoir réfléchir ni courir…

 

C’est à partir de là que l’émotion a trouvé une bonne place dans mes repas. Et puis les gens aimaient fort que je mangeais, alors je continuais. Je parle d’émotion, il y a aussi l’attachement, et si j’insiste je peux aller jusqu’à une forme d’addiction. Je suis peut-être addict à la nourriture, et je ne suis pas un cas isolé –loin de là.

A l’heure à laquelle j’écris je sais que je peux me passer un temps de nourriture. J’ai expérimenté le jeûne intermittent le mois qui précède, et ne pas manger plusieurs heures durant se fait bien. Nous sommes en octobre et j’ai quand même choisi de petit déjeuner, parce que ça me plaît et me rassure, d’apporter cette attention à mon corps le matin en silence et alone, pendant que face à moi le soleil se réveille. Je sais donc que je peux me passer de manger, je sais aussi que j’ai besoin de manger (je ne suis pas au stade de me nourrir de lumière et ce n’est pas encore dans mes projets). C’est, aussi, la catastrophe planétaire dans mes repères quand à la maison les placards sont vide et que les courses sont à faire 😉 Je déraille, et me nourris de confiture comme tu as pu le lire dans cet article !

En plus de cela, les souvenirs… je suis dans une période où ils reviennent en masse. Je suis à la fois en expansion assez dingue et puis le confort de l’enfance vient me rassurer parfois. Comme pour me rattacher à quelque chose de confortable. Est-ce le cas pour toi aussi ?

 

Parce que manger en occident, est bien plus vaste que d’assouvir un besoin essentiel. Manger c’est plaisir, réunir, partager, bouillir parfois. Ça peut être convivial et quand ça ne l’est pas on mange quand même pour assouvir, justement, ce manque de convivialité qu’on aurait tant aimé voir s’installer.

 

Pour te dire un secret, je rêve de réunions de famille ou d’amis –de groupes quoi- autour d’un simple et ressourçant pichet d’eau, voire autour de rien du tout. Assis sur de l’herbe et ça suffit. Parler, échanger les ressentis, sans le besoin de s’alcooliser ou de se sucrer les neurones. Sans même de câlins ou de « oui » non réfléchis. Aujourd’hui, on a toujours besoin de s’accrocher à quelque chose. Ce n’est ni mal ni bien, en revanche bien souvent, nous pourrions largement nous en passer (pendant ce temps-là des gens meurent de faim).

 

Je te laisse méditer sur la question, et penser l’alimentation au-delà des traditions, au-delà des émotions. Je t’invite à te parler à toi-même, te demander quelles sont tes profondes envies, poser des intentions dans tes plats, et arrêter de manger à l’instinct. Même s’il en reste dans ton assiette : t’as sûrement un frigo que tu seras en joie d’ouvrir demain. Demain et pas maintenant. Je t’invite vraiment, pleinement, à mettre de la rigueur dans tes choix, en te rapprochant intimement de tes sens.

 

Christelle Guibouin – Artiste du Son, du Corps, de l’Âme et de l’Esprit.

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