SUR LE CHEMIN

Quand le désagréable nous sert

10 ans. Anorexique. Il elle passa les trois quarts de son enfance allongé ou assis sur un lit d’hôpital, à première vue bien accueilli, mais cependant dans l’incompréhension la plus totale.

Pourquoi il était ? Qu’est-ce qui fait que, lui, avait à subir cela ? Et pourquoi ses accompagnateurs.trices passagers de sa chambre ne venaient, eux, que pour des maladies quelques plus bénignes qui s’en allaient au bout d’une semaine seulement ?

Pourquoi lui ? Pourquoi cette situation-là ?

Alors sondé au glucose… et quelques autres minéraux, avec des gâteaux non pas à l’apéro mais pour la collation de l’après-midi qui lui sont conseillés, bien glucosés eux aussi… hum, la télévision face à lui et les voisins qui ne savaient peu que dire.

C’est un enfant qui n’aura pas passé la majeure part de son temps à l’école, chez la nourrice ou encore à la périscolaire. C’est un enfant dont les souvenirs différeront de celui de ses camarades, un enfant qui aura eu un vécu atypique, dans un environnement au sein duquel l’observation de l’extérieur aura primé. Il aura vu passer de nombreux parents, de nombreux enfants, entendu divers discours, certains plus inspirants que d’autres.

Mais il aura aussi utilisé la télévision comme terrain d’attraction : face aux publicités minceurs, aux gâteaux  fourrés de lactose et de sucre, et dans le bain des télé-réalités où, continuellement, ce sont des constats tels “tu es ci”, “ça te va”, “ça te va pas”, “c’est comme ça que ça se passe” qui sont émis à longueur de journée.

Il y aura eu des jeux de société, aussi variés que partagés avec ses voisins de tout âge. Il y aura aussi eu le téléphone portable, et le papa qui passait quelques soirs auprès de lui après une bise.

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Mais qu’est-ce que l’anorexie ? Une maladie bénigne là-aussi ? Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Un virus sur lequel je ne peux réagir de mon gré et de ma volonté ? Une bactérie que je ne peux ni décortiquer ni visiter dans le but de la comprendre ?

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Quel est alors ce binz ? Une phase de sa vie de laquelle elle saura retirer un apprentissage intelligent. Ceci est quasi-évident.

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1 mois. Anorexique. Elle ne voulait pas s’incarner, le choc d’atterrissage fût trop violent ici pour elle. Elle qui était si bien dans le Ciel et toute son harmonie, elle qui découvrait le bazar d’ici-bas, le percevant de façon si lucide qu’on pouvait la croire désaxée.

Elle ne voulait pas manger. Elle ne voulait de ce corps qui devenait dans l’immédiat, embarras. Elle ne voulu pas s’amuser avec ses bras, sa voix, et sentir le travail intestinal après chaque repas. Elle refusait de faire entrer dans sa bouche quoi que ce soit, qu’il faille ou non mâcher, dans tout les cas avaler.

Il y avait déjà trop à absorber et capter, de l’extérieur, tous les mouvements et les bruitages observés, qui tous et sans exception interagissaient avec les corps, pour ensuite traverser la barrière qu’est la peau. Comme une éponge dans un bain et qui gonfle, gorgée de son environnement qui circulait désormais dans ses veines. Ceci était trop difficile. Alors, qu’est-ce qui lui appartenait et ne lui appartenait pas ? Comment distinguer le soi du non soi ? Comment tenir le choc du contraste entre là-haut et sur béton ? Qu’est-ce qui était vrai et quels étaient les mensonges ? Comment leur dire avec ce seul langage pour le moment émotionnel ?

Un nouveau-né qui finira par manger, pour s’exprimer de la même façon dans la suite de sa vie, car le message ou l’apprentissage n’a pu se transmettre et se recevoir à cette période-là de sa vie.

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15 ans. Anorexique. Après s’être fondu dans les masses, dans les groupes, avec toute sa volonté de sauver ses mondes et de les satisfaire, elle commença alors à se dés-identifier de ceux-là. Pas drôles, trop absurdes, trop ennuyants, rempli de non sens insatisfaisants. Pas de ligne directive, pas de compréhension compréhensible, juste des gens qui suivent et survivent. Non.

Alors cette jeune femme profita de la transition de l’enfant sous l’emprise des adultes vers l’enfant conscient, pour une retraite et un jeûne, durement gouvernés par une voix contrôleuse.

Une adolescence donc atypique, qui ne se concluait pas à de la vodka, des pizzas et du tabac, mais bien des réflexions et des visites intérieures ici-bas, guidées par la force lumineuse d’une source plus élevée

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Quoi qu’il arrive, en fait, il n’y a pas à dramatiser.

Que ce soit une anorexie ou une autre cause d’une période qui se différencie.

Le jeune arrivant n’est souvent pas si jeune, et vraiment très intelligent.

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Dans ces cas-là sont à transmettre la confiance, le soutient dans son chemin, et un niveau d’empathie qui ne te fait pas tomber avec et dans lui.

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Bise d’âme.

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Christelle Guibouin

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